mise à jour le 8 Mars 2006

 

 

ARTICLE BASÉ SUR LA CONFÉRENCE,
"HORROCKS LE MESSAGER DES PLANÈTES"

Par Joseph MAGRÉ

 

 

 

 

En septembre 2004 Joseph Magré, citoyen Brestois, a soutenu un mémoire en histoire et philosophie des sciences.

Son sujet portait sur un astronome anglais du 17ème siècle: Jeremiah Horrocks.

 

Enseignant il choisit ensuite un poste au Mexique, au lycée franco-mexicain de Guadalajara, et c'est de là qu'il nous raconte ce récit de la vie de Horrocks.

 

 

 

Horrocks est peu connu en France mais ses travaux sont relativement importants, il est surtout vu comme un chaînon entre Kepler et Newton. Malgré tout, il est le premier à avoir observé un transit vénusien.(nous l'avons évoqué à juste titre dans la présentation sur le Transit de Vénus) et à avoir prouver que l'orbite lunaire est elliptique et.

 

C'est d'ailleurs à l'occasion du passage de la déesse des amours devant le soleil en juin 2004 qu'il a entrepris d'écrire un mémoire sur lui. Il donne une conférence à l'observatoire suisse François-Xavier Bagnoud, et il en tire un article d'une dizaine de pages qu'il a la gentillesse de mettre à la disposition des lecteurs de ce site.

 

BREF COMPTE RENDU

 

 

SA NAISSANCE, UN POINT INCERTAIN.

 

Il n’existe plus de registre de baptême pour connaître avec précision le jour ou même l’année de sa naissance. Mais, à en croire le mathématicien John Wallis qui l’a connu, le jeune astronome serait  né en 1619, puisque, pour lui, il meurt soudainement lors de sa vingt-deuxième année, le 3 janvier 1641[1]. La plupart des commentateurs s’attachent à ce témoignage, d’autres, plus rarement, le font naître l’année précédente, en 1618[2] ou alors en 1617[3].

 

LE BREF PASSAGE À CAMBRIDGE.

 

Sa rentrée au Collège Emmanuel à Cambridge est, quant à elle, un point sûr. Elle date du 18 mai 1632[4]. Il y entre comme "sizar", c’est-à-dire comme étudiant chargé d’un travail, en échange de la gratuité des cours[5]. Horrocks y reste quatre ans, jusqu’en 1635, avant de retourner chez lui dans le comté du Lancashire, peut-être pour y exercer une activité religieuse. Horrocks entre à l’Université à treize ans, comme ce fut le cas pour Tycho Brahe (avril 1559). Ce point n’est pas nécessairement l’indice d’une précocité intellectuelle ou d’une intelligence hors du commun, mais marque plutôt le désir de ses parents de le voir obtenir une bonne éducation[6].

Les matières étudiées dans cette école sont principalement les langues classiques, la littérature et la théologie, peut-être quelques éléments d’astronomie et de géométrie anciennes, dans le cadre du quadrivium. La lecture des auteurs de la nouvelle astronomie est donc hors programme, comme c’est le cas par exemple de l’ouvrage du célèbre scientifique  Flamand de l’époque, Philip van Lansberg, intitulé Tabulae Motuum.

Horrocks recense vingt-quatre auteurs continentaux d’astronomie qu’il souhaite lire. D’ailleurs une liste des livres d’Horrocks se trouve dans la librairie du Trinity College, elle montre qu’aucun de ces livres d’astronomie n’étaient publiés en ce début du 17ème  siècle en Angleterre[7]. A noter qu’aucun écrivain anglais n’est mentionné, à l’exception de l’astronome médiéval anglo-irlandais Sacrobosco[8]. Il faut donc attendre Horrocks pour que cette discipline devienne attirante en Angleterre et reçoive ses premières lettres de noblesse.

A cette difficulté de se procurer des ouvrages scientifiques, s’ajoute un autre problème, l’absence de professeur compétent en astronomie qui aurait pu l’aider dans ses investigations. C’est pour cela qu’Horrocks nous dit : "Ces nombreux obstacles et mon inexpérience rendirent mon étude difficile. Le manque de moyen me décourageait et me désespérait…Ce qui me chagrina le plus était le fait que personne ne pouvait m’instruire sur cette discipline, personne qui put m’aider avec sympathie dans mes efforts. J’étais pris de torpeur et de morosité. Mais que devais-je faire ? Il m’était impossible d’adoucir mon labeur et encore moins d’augmenter mes moyens. Le pire de tout était que j’étais incapable d’émouvoir quiconque à l’astronomie. Mais, abandonner l’étude de la philosophie à cause de ces difficultés, m’aurait semblé indigne. Je décidais, par conséquent, que la lassitude devait être vaincue par l’assiduité, la pauvreté par la patience. Il n’y avait pas d’autre solution. Et, à défaut d’un professeur, je devais recourir aux livres d’astronomie"[9]. Dans ce contexte, Horrocks se présente comme un autodidacte.

 

Photo : Reproduction de Carr House issue de Nappier, C. G, "Sketch of the life and works of the Rev. Jeremiah Horrox" Journal of the Royal Astronomical Society of Canada, n° 10, 1916, p. 530.

 

 

La tradition locale dit qu’ Horrocks vécut dans cette maison et que c’est de la première fenêtre, au-dessus du porche, qu’il observa le transit vénusien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Cambridge, il rencontre notamment Wallis qui entre la même année que lui, et qui, à la demande de la Royal Society, publia les œuvres d’Horrocks en 1673, à titre posthume. Après avoir quitté l’Université, il fait, en 1636, la rencontre décisive de William Crabtree, un marchand de textile qui habite le village de Salford, près de Manchester[10]. Celui-ci fut un ami intime mais surtout un précieux correspondant scientifique.

 

 

 

 

 

 

HORROCKS ÉTAIT-IL ORDONNÉ HOMME D’ÉGLISE ?

 

Horrocks est souvent considéré comme un homme d’église, mais reçut-il l’ordination presbytérale ? Cette question a fait couler beaucoup d’encre et est encore un sujet de polémique parmi les commentateurs. Pour répondre à cette question il faut se pencher sur le moment où il retourne dans sa région natale, à sa sortie de l’Université. Aucun document ne fournit d’explication sur son retour dans le Lancashire, ni sur son lieu d’habitation à ce moment là. Dans ses lettres, il n’indique aucune maison en tant que résidence. Peut-être est-ce à Toxteth, sa ville natale, à environ cinq kilomètres de Liverpool, qu’il revint après ses études, comme le veut la tradition locale qui indique aussi qu’il aurait vécu à Carr House.

Les auteurs du 19ème siècle commentant l’œuvre d’Horrocks, déclarent généralement qu’il serait revenu comme vicaire anglican en l’église de la rue Michael. Cependant, à cette date, Horrocks ne pouvait remplir les conditions qui lui auraient permis d’avoir un statut ecclésial. De plus, parmi ses amis comme Wallis, ou John Flamsteed qui étaient eux-mêmes ecclésiastiques, aucun ne parlent de lui comme d’un homme d’Eglise. Quelques Victoriens désireux de perpétuer le mythe du vicaire du Lancashire imaginent qu’il aurait pu être ordonné par une dispense spéciale délivrée par l’archevêché de Cantorbéry. Ces derniers lui donne des responsabilités ecclésiales à Hoole, soit à quatre-vingt kilomètres de Liverpool, entre juin 1639 et juillet 1640[11].

Quand le biographe Holden veut faire le point en 1826 sur les raisons du retour de Jeremiah Horrocks dans son bourg natal, il ne mentionne jamais un quelconque statut ecclésial. Quelques années plus tard, en 1857, le révérend Robert Brickel en fait quelqu’un ayant reçu les ordres sacrés. C’est probablement à partir de lui que s’établit le mythe du "Curate of Hoole". Les partisans de cette hypothèse voient leurs propos confirmés dans le fait qu’il ait dû quitter son télescope plusieurs heures le dimanche 4 décembre 1639, jour du transit de Vénus, "pour des raisons fort importantes"[12], c’est-à-dire des raisons "professionnelles" et plus éminentes que le phénomène cosmique, Horrocks considérant la célébration de la messe comme un devoir supérieur, même si, de ce fait, il manquait le transit.

Horrocks a pu jouer malgré tout un rôle dans l’Eglise. Sans grade, il pu exercer la fonction de commis de Bible en l’église de Toxteth.

Horrocks est d’ailleurs enterré dans le cimetière de cette ancienne chapelle. Celle-ci a d’ailleurs brûlé en 1628, a été reconstruite en partie en 1720, et définitivement en 1824, à la suite d’une collecte de fonds du révérend Brickel, qui consacra une somme pour la réalisation de différentes plaques et vitraux commémorant la mémoire d’Horrocks[13].

 

 

 

LES TRAVAUX D’HORROCKS.

 

          Pour marquer le transit de Vénus de décembre 1874, les astronomes de la Royal Astronomical Society décidèrent eux aussi d’ériger une plaque commémorative à la mémoire de leur compatriote qui fut le premier à observer un passage de Vénus devant le Soleil. Présente dans l’abbaye de Westminster, cette plaque montre des aspects et problèmes de l’astronomie sur lesquels le jeune Horrocks s’est penché : 

- La détermination de l’orbite elliptique de la lune.

- Son hypothèse physique des déplacements des planètes.

Elle ne mentionne pas :

-  Son désir d’éliminer toute source d’erreur possible dans les observations.

- Qu’il ait proposé une parallaxe solaire horizontale de 14".

- Qu’il ait corrigé, à la suite de sa lecture des Tables Rudolphines de Kepler, les inégalités des         mouvements moyens des deux grandes planètes supérieures connues à l’époque.

- Qu’il ait découvert que les comètes se déplacent autour du Soleil en suivant des orbites elliptiques[14].

- Ou encore, qu’avant sa mort, Horrocks entreprit une étude des marées.

Signalons que tous les papiers concernant ces investigations sont à présent perdus.

         Mais si Horrocks est connu, si on lui érige des monuments, c’est avant tout pour avoir été le premier à avoir observé un passage de Vénus devant le Soleil.

 

LE TRANSIT DE VÉNUS DU 4 DÉCEMBRE 1639.

 

Schéma d’Horrocks du transit vénusien.

Reproduction tirée Stratton, F. J. M, "Horrox and the Transit of Venus", Occasional Notes of the Royal Astronomical Society n° 7, 1939, p. 88., elle-même issue de l’édition d’Hevelius de Venus in sole visa.

Le livre utilisé par Stratton se trouve dans la bibliothèque de l’université de Cambridge.

 

 

 

Horrocks est très tôt déçu par les tables astronomiques de ses prédécesseurs, qui semblent toutes en conflit les unes avec les autres, et particulièrement avec celles de Lansberg et d’Hortensius[15].

 

Avec son ami Crabtree que lesdites tables contrarient aussi, Horrocks entreprend d’effectuer vers 1636 les observations et les prédictions phénoménales du ciel étoilé. A partir de 1636 donc, ils récoltent tous les deux des données sur les orbites lunaire et planétaires, ainsi que des informations sur leurs instruments. Ces informations sont les sujets principaux de leur correspondance. Bien que Crabtree soit peut-être l’initiateur de ce projet, puisqu’il était le plus âgé et le plus expérimenté en mathématiques, il fut vite remplacé par Horrocks[16].

 

D’ailleurs, ce sont les propres calculs de ce dernier qui lui firent découvrir qu’un passage de Vénus devant le Soleil est toujours suivit d’un second huit ans après, ce que n’avait pas prévu Kepler[17]. De même, une combinaison moyenne des tables de Copernic, Longomontanus, et de Kepler (surtout ces dernières parce que Kepler s’appuie sur les données de Tycho Brahe, le meilleur observateur des cieux avant l’emploi de la lunette), amène Horrocks à constater que Vénus est constamment placé à 8' trop au sud[18]. Grâce à cette déduction, il détermine un passage de Vénus pour la fin novembre 1639.

 

Il se peut que Lansberg ait été le premier, par une combinaison d’erreurs, à prédire le passage de Vénus devant le Soleil pour la fin de l’année 1639[19]. D’autres astronomes auraient calculé le passage de Vénus devant le Soleil pour cette même année : David Tost, alias Origanus, aurait prévu un transit vénusien pour le 6 décembre, soit deux jours après le passage. Ses éphémérides, basées sur le système copernicien, publiées en 1609 à Francfort étaient connues d’Horrocks. Les tables d’Argolus (Andrea Argoli), n’étaient pas connues d’Horrocks. Ses prédictions publiées en 1623 et basées sur les travaux de Longomontanus, défenseur du système semi-héliocentrique de Tycho Brahe, sont sujettes aux mêmes erreurs. De là, il prévoit un passage de Vénus devant le Soleil pour le 3 décembre 1639[20].

Cependant, il semble que ce soit le jeune fellow qui fut le plus précis, voire le plus chanceux[21]. Horrocks écrit à ce sujet : "Je me fiais aux mouvements de Vénus que j’avais recalculé, il me semblait impossible que le phénomène ait lieu avant 15h le 24 novembre. Et pourtant, selon la majorité des astronomes, la conjonction devait avoir lieu plus tôt, c’est-à-dire la veille. J’étais réticent à dépendre de ma seule opinion, opinion qui n’était pas affermie. Un abus de confiance aurait pu mettre l’expérience en danger. J’étais anxieux en grande partie le 23 et toute la journée le 24 à cause de cette affaire, et ne manqua aucune occasion d’observer l’entrée de Vénus devant le Soleil"[22].

 

 

L’histoire de ce phénomène est relaté dans l’ouvrage d’Horrocks intitulé Venus in sole visa (voir photo de gauche), publié en 1673[23] en latin et traduit en 1859 en langue anglaise[24]. Puisque les nuages n’empêchaient pas l’observation de l’astre du jour, Horrocks put l’observer, peut-être d’ailleurs est-ce de Carr House. Horrocks fit une interruption entre 9h et 9h50, mais maintint un contrôle suivi entre 10h et midi. De midi à 13h, il fit une pose, mais ne pu regarder le Soleil de 13h jusqu’à 15h15 étant retenu par "des affaires de grande importance"[25] dont il a été question précédemment. Au sujet de celles-ci, les commentateurs présentent souvent comme hypothèses une leçon de catéchisme ou alors un office à l’église car le transit eut lieu un dimanche. Il relate dans son œuvre ce qu’il vu lors de son retour à 15h15 : "A ce moment", écrit-il, "une ouverture dans les nuages rendit le Soleil distinctement visible, c’était comme si la divine providence encourageait mes aspirations. Quand soudain, je perçus une nouvelle tache d’une grandeur insolite et inhabituelle et d’une forme parfaitement ronde qui avait déjà pénétré le disque solaire par la droite[26], de sorte que les bords du Soleil et de la tache coïncidaient avec précision, formant un angle de contact. Immédiatement je ne doutais plus qu’il s’agissait de l’ombre de Vénus". Horrocks constata que le phénomène venait juste de commencer, une trentaine de minutes avant que le Soleil ne se couche. Il le regarda jusqu’à ce moment.

 

 

 

Par ce travail, Horrocks vient de réaliser à la fois la toute première grande recherche aboutie de l’histoire de l’astronomie britannique et la première coordination d’observations astronomiques anglaises[27]. Dès la fin octobre, soit environ un mois avant l’événement, il avait sollicité ses amis pour participer à son travail. A cause du mauvais temps, son frère Jonas à Liverpool ne put l’observer[28]. Horrocks écrivit à Crabtree : "La raison pour laquelle je t’écris concerne la remarquable conjonction du Soleil et de Vénus qui aura lieu le 24 novembre. A cette date, Vénus passera devant le disque solaire. Ceci n’a pas eu lieu depuis de nombreuses années et ne se reproduira pas dans ce siècle. Je te prie de bien vouloir l’observer au moyen de ton télescope, surtout le diamètre de Vénus que Kepler estime à 7', Lansberg à 11', alors que moi, je l’évalue à près de 1'… Il se peux que le ciel soit nuageux en plusieurs endroits (car la Terre, le Soleil, Vénus, Mercure et Jupiter seront dans un même alignement), et ainsi, il est à souhaiter que l’observation de ce phénomène si remarquable soit effectuée de plusieurs sites "[29]. Crabtree, le destinataire de cette lettre, de sa maison à Brougthon, participa à l’événement. Horrocks nous dit que "Crabtree resta contemplatif, cloué sur place de joie, ne croyant pas ce qu’il voyait". Cependant, poursuit Horrocks, Crabtree n’a pas correctement mesuré le diamètre angulaire de Vénus. Impressionné par le phénomène, il ne put faire de mesure au moment même où avait lieu le passage, mais en fit une description de mémoire. La mesure du diamètre de Vénus par Crabtree d’ 1'03", soit 7/100ème du diamètre apparent du Soleil, resta la mesure la plus utilisée pendant plus d’un siècle[30].

 

D’OÙ FUT OBSERVÉ LE TRANSIT DE VÉNUS ?

 

         Horrocks nous dit : "Cette observation fut faite dans un village inconnu à quinze miles au nord de Liverpool…à une longitude de 22° 30' des Iles Canaries"[31]. Il s’agit de Hoole, village situé près de Preston[32]. La tradition avance, comme nous l’avons vu précédemment, que c’est de Carr House qu’Horrocks fit son observation. Gaythorpe, historien des sciences, chercha à savoir si Horrocks put observer le passage de la planète devant le Soleil depuis cet endroit. Ses travaux sociologiques et astronomiques l’invitent à confirmer ce que dit la tradition locale[33].

 

LES DIFFÉRENTS MOYENS ET PROCÉDÉS TECHNIQUES.

 

La méthode employée pour voir la conjonction entre le Soleil et la déesse des Amours est la même que celle dont usa Scheiner pour voir les taches solaires ou Gassendi en 1631 pour voir le transit de Mercure. Elle consiste en la projection de l’image à partir d’un télescope sur du papier gradué. Cependant, il est à noter qu’ Horrocks ne semble pas avoir lu l’ouvrage de Gassendi intitulé Mercurius in sole visus (1631) dans lequel celui-ci révèle sa technique. Il exprime dans une lettre à Crabtree son vif désir de lire le livre du maître, afin de perfectionner son propre ouvrage[34].

Sur un écran placé derrière le télescope et qui sert à  la projection d’images, Horrocks réalise un cercle qu’il divise ensuite en degrés dans le but de déterminer les coordonnées de la planète lorsque celle-ci passera devant le Soleil. D’ailleurs il écrit : "J’ai tracé sur une feuille un cercle d’environ six pouces de diamètre (1 pouce valant 27,07 mm, son cercle vaut un peu plus de 16cm)… J’ai divisé la circonférence en 360°, comme il est d’usage, et son diamètre en trente parties égales, ces dernières à leur tour en quatre… J’ai laissé le reste à une évaluation visuelle"[35].

 

 

Tableau représentant J Horrocks en train d'observer le transit de Vénus.

(Image: National Museums Liverpool, the Walker Gallery)

 

 

Quelques jours auparavant, Horrocks a observé attentivement le Soleil. Car d’une part, comme Gassendi en 1631, il craint de manquer le phénomène, et n’exclut pas de s’être trompé dans ses calculs[36]. D’autre part, pour tester son procédé, de telle sorte que le Soleil vienne précisément remplir le cercle au moment opportun.

Horrocks ne donne malheureusement pas d’informations sur le télescope utilisé, ni sur la distance entre celui-ci et l’écran. Malgré tout, Gaythorpe a essayé de reconstruire l’instrument d’Horrocks à partir des données fournies à Crabtree. Là, il trouve un faible grossissement, entre deux et trois fois. On peut seulement dire avec certitude que ce télescope permettait d’observer les taches du Soleil[37].

 

Sur le moyen de se procurer un télescope, les commentateurs ne sont pas d’accord là non plus. Selon certains, Horrocks aurait acheté un télescope half crown (demi couronne)[38]. Pour d’autres au contraire, bien que ce type d’appareil soit mentionné dans les écrits d’Horrocks, le jeune homme fut contraint de le fabriquer lui-même. Chapman rapporte qu’Horrocks étant pauvre, il ne pouvait s’acheter des instruments d’optique. Les prix étaient onéreux car les demandes étaient rares. De plus, le marché était réservé aux architectes et aux professeurs. Ce n’est que dans la seconde moitié du 17ème siècle que se développe l’industrie des instruments d’optique pour l’astronomie en Angleterre. Malgré tout, quelques accessoires étaient déjà sur le marché, ceux-ci étaient multifonctionnels, ils servaient à la fois de calendrier, de données astrologiques ou encore à la navigation ; de ce fait ils n’avaient qu’un très faible degré de qualité à la différence des appareils modernes n’ayant qu’une seule fonction mais un fort degré de précision[39].

 

Étant doué pour les mathématiques et ayant une dextérité manuelle, Horrocks réalisa des outils astronomiques assez simples en s’inspirant d’instruments datant de l’Antiquité. Si l’on ne sait pas quel type d’outil il possède avant 1636, l’un des instruments qu’il se fabriqua à partir de cette date était une aliade à pinnules, c’est-à-dire une règle graduée portant un instrument de visée et permettant de mesurer des angles. Elle était constitué de deux baguettes en bois formant un T dont l’axe était divisé en 10 000 parties, le long de celui-ci glissait une petite traverse graduée en degrés et minutes sur laquelle se fixaient deux viseurs. En mettant son œil au bout de l’extrémité, Horrocks pouvait mesurer l’amplitude entre deux astres. Au mois de juillet 1636, il parle à Crabtree d’un tel instrument de 3 pieds. Quelques mois plus tard, Horrocks envoie un courrier au même correspondant pour discuter de cet outil qui mesure à présent 11 pieds et grâce auquel ils évaluent notamment le diamètre apparent du Soleil. Il semble qu’Horrocks connaissait les limites de ses instruments et les calculs nécessaires à effectuer afin de compenser ces défauts[40].

 

LA NOUVELLE MESURE DU MONDE.

 

Le jeune Horrocks s’apprête à modifier les valeurs des distances entre les astres dès qu’il constate l’ombre de Vénus, car, dès qu’il l’aperçoit, il est étonné de sa petitesse. Il lui trouve en effet un diamètre angulaire de 1'16", alors qu’on lui attribuait traditionnellement la taille de 3'. C’est une observation qui intrigua aussi Gassendi lors du passage de Mercure : "J’étais loin, en effet, de soupçonner Mercure de projeter une si petite ombre…Je pensais que c’était plutôt une tache, qui, bien qu’elle n’ait pas été notée là sur le Soleil le jour précédent, néanmoins aurait pu également naître depuis ce temps, et j’avais ailleurs appris ce fait"[41]. Il pensa également que le diamètre de Vénus devait  lui aussi apparaître plus petit que ce que l’on envisageait[42], ce que confirma Horrocks.

Les données collectées à 15h15, 15h35 et 15h45[43] doivent permettre à Horrocks de mesurer la taille apparente de Vénus, l’inclinaison de la planète, l’exacte position du nœud, la durée totale du passage, tout comme les moments d’entrée et de sortie, n’ayant pu en observer aucun[44].

Horrocks a estimé que le diamètre apparent de Vénus était de 1'16" ± 4"[45]  et l’angle sous-tendu par Vénus depuis le Soleil de 28"[46]. Horrocks considérait, par erreur, que toutes les planètes connues avaient le même angle sous-tendu depuis le Soleil[47]. En partant de ce raisonnement, il calcula que la distance au Soleil était, en arrondissant les chiffres, environ de 15 000 rayons terrestres[48], alors que pour Kepler elle était de 3 500 fois le rayon de la Terre[49].

L’Anglais reste malgré tout encore loin de la véritable distance, des 23 000 rayons terrestres séparant notre planète du Soleil.

 

CONCLUSION.

 

Comme le Jérémie de l’Ancien Testament, Jeremiah Horrocks a très tôt été appelé au ministère prophétique. Ses annonces ne concernent pas le repentir moral de sa nation, ni même les jugements célestes, mais une invitation qu’il lui adresse de se convertir à la nouvelle astronomie, afin d’y retrouver Dieu, le Créateur, dont les cieux chantent la gloire.

 

 

 

POUR ALLER PLUS LOIN :

 

Biographie de J Horrocks chez Wikipedia.

 

Sa biographie par l'Université de St Andrews , très complète.

 

La page du transit de Vénus de notre ami Gilbert Javaux du site PGJ.

 

L'IMCCE explique la signification du transit de vénus.

 

Le Lancashire et Horrocks

 

Sur planetastronomy.com , la présentation : "Les transits de Vénus et de Mercure".

 

 

 

 

LIVRES ET ARTICLES SUR JEREMIAH HORROCKS

 

 

Applebaum, W., "Horrocks Jeremiah"

Dictionary of Scientific biography, New York, Scribner, 1970-78.

 

Barocas, V., "Jeremiah Horrocks (1619-1641)"

Journal of the British Astronomical Association n° 79, 1968-1969, p. 223-26.

 

Chapman, A., "Jeremiah Horrocks, the Transit of Venus, and the “New Astronomy” in Early 17 th - Century England"

Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society n° 31, 1990, p. 333-57.

 

Gaythorpe, S.B., "Horrocks ’observations of the transit of Venus, 1639 November 24 (O.S.) I & II. On the probable site from which the observations where made"

Journal of the British Astronomical Association, n° 47, 1936-7, p. 60-8; n° 64, 1953-4, p. 309-315.

 

Mac Naughton, D., "Horrocks’s observations and contemporary ephemerides"

Journal of the British astronomical Association, n° 47, 1936-7, p. 156-157.

 

Nappier, C. G., "Sketch of the life and works of the Rev. Jeremiah Horrox"

Journal of the Royal Astronomical Society of Canada, n° 10, 1916, p. 523-536.

 

Plummer, H.C., "Jeremiah Horrocks and his Opera posthuma"

Notes and Records of the Royal Society n° 3, 1940-1, p. 39-52.

 

Stratton, F.J.M.," Horrox and the Transit of Venus"

Occasional Notes of the Royal Astronomical Society n° 7, 1939, p. 89-95.

 

Watson, A.D., "Horrox"

Journal of the Royal Astronomical of Canada n° 9, 1915, p. 271-284.

 

Whatton, A.B., Memoir of the life and labours of Jeremiah Horrocks, to which is appended a translation of his celebrated discurse the transit of Venus across the Sun, London, 1859.

 

Wallis, J., Jeremiae Horrocci Liverpoliensis Angli ex Palinatu Lancastriae Opera Posthuma, London, 1673.

 

Wilson, C.," On the Origins of Horrocks’s Lunar Theory"

Journal for the History of Astronomy, 1987, p 77-94.

 

 

 

Merci Mr Magré de nous avoir appris tant de détails sur ce précurseur

 

 

Bon Ciel à tous

 

 

Jean Pierre Martin  www.planetastronomy.com

 

 

 

 

 



[1] Pour une brève biographie d’Horrocks voir Chapman, A., "Jeremiah Horrocks, the Transit of Venus, and the “New Astronomy” in Early 17 th - Century England", Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society, n° 31, 1990, p. 334.

[2]Applebaum, W., "Horrocks Jeremiah", Dictionary of Scientific biography, New York, Scribner, 1970-78, p. 514.

[3] La note 18 de Segonds en Kepler, J., Le secret du monde, traduction et notes de Segonds, A, Paris, Gallimard, 1993.

p. 286-287.

[4]Stratton, F.J.M.," Horrox and the Transit of Venus", Occasional Notes of the Royal Astronomical Society n° 7, 1939, p. 89.

[5] Stratton, F.J.M., ibid, p. 89.

[6] Chapman, A., ibid, p. 334.

[7] Stratton, F.J.M., ibid, p. 89.

[8] Chapman, A., ibid, p. 334.

[9] Stratton, F.J.M., ibid, p. 89-90. Texte traduit par mes soins.

[10] Chapman, A., ibid, p. 335.

[11] Barocas, V., "Jeremiah Horrocks (1619-1641)", Journal of the British Astronomical Association n° 79, 1968-1969, p. 224.

[12] Stratton, F.J.M., ibid, p. 93, 95.

[13] Sur le l’éventuel statut ecclésial d’Horrocks voir Chapman, A., ibid, p. 333-334, 348-349 et les notes 82-91 p. 356-357.

[14] Stratton, F.J.M., ibid, p. 91

[15] Chapman, A., ibid, p. 336.

[16] Sur les erreurs rencontrées par Horrocks et Crabtree concernant leurs prédécesseurs et le scepticisme qu’ils expriment envers les anciennes autorités scientifiques voir Chapman, A., ibid, p. 339. Stratton, F.J.M., ibid, p. 90.

[17] Chapman, A., ibid, p. 336.

[18] Applebaum, W., ibid, p. 515.

[19] Stratton, F.J.M., ibid, p. 92.

[20] Mac Naughton, D., "Horrocks’s observations and contemporary ephemerides" Journal of the British astronomical Association, n° 47, 1936-7, p. 156-157.

[21] Chapman, A., ibid, p. 336.

[22] Stratton, F.J.M., ibid, p. 93. Texte traduit par mes soins.  Chapman, A., ibid, p. 337.

[23] Wallis, J., Jeremiae Horrocci Liverpoliensis Angli ex Palinatu Lancastriae Opera Posthuma, London, 1673.

[24] Whatton, A.B. Memoir of the life and labours of Jeremiah Horrocks, to which is appended a translation of his celebrated discurse the transit of Venus across the Sun, London, 1859.

 

[25] Stratton, F.J.M., ibid, p. 93. Chapman, A., ibid, p. 337.

[26] Vénus apparaît à Horrocks à 62,5° en haut à droite de son écran. Chapman, A., ibid, p. 337.

[27] Stratton, F.J.M., ibid, p. 92.

[28] Stratton, F.J.M., ibid, p. 94.

[29] Extrait de la lettre (traduit par mes soins) d’Horrocks à Crabtree du 26 octobre 1639. Stratton, F.J.M., ibid, p. 92-93.

[30] Kollerstrom, N. "Crabtree’s Venus-Transit Measurement", Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society n° 32, 1991, p 51, Stratton, F.J.M., ibid, p 94 et Chapman, A., ibid, p. 338.

[31] Stratton, F.J.M., ibid, p. 93.

[32] Chapman, A., ibid, p. 337.

[33] Sur le probable site de l’observation d’Horrocks du transit voir les deux articles de Gaythorpe, S.B., "Horrocks ’observations of the transit of Venus, 1639 November 24 (O.S.) I & II. On the probable site from which the observations where made". Journal of the British Astronomical Association, n° 47, 1936-7, p. 60-8; n° 64, 1953-4, p. 309-315.

[34] Lettre du 20 avril 1640 à Crabtree. La  note 25 en Chapman, A., ibid., p. 352.

[35] Stratton, F.J.M., ibid, p. 93. Texte traduit par mes soins. Voir aussi Chapman, A., ibid., p. 337.

[36] Selon  Watson, Horrocks n’a pas seulement prédit le jour du transit mais également l’heure. Celui-ci devrait avoir lieu après 15h. Watson, A.D., ibid, p. 279. Chapman est du même avis, Chapman, A., ibid., p. 337.

[37] Chapman, A., ibid, p. 337.

[38] Barocas, V., ibid, p. 223. Stratton est aussi de cet avis, Stratton, F.J.M., ibid, p. 90.

[39] Sur les instruments du début du 17ème siècle voir Chapman, A., ibid, p. 340-341.

[40] Sur les différents instruments d’Horrocks et quelques unes de ses mesures voir Chapman, A., ibid, p. 339, 341-343.

[41] La première lettre de Gassendi à Schickard sur le passage de Mercure. Dans Kepler, J., Passage de Mercure sur le Soleil, Paris, Editions Blanchard, 1995, p. 60, 63.

[42] Brouzeng, P et Débarbat, S (sous la direction de)., Sur les traces des Cassini, Nice, Editions du C. T. H. S, 2001, p. 324.

[43] Stratton, F.J.M., ibid, p. 93 et Chapman, A., ibid, p. 337.

[44] Chapman, A., ibid, p. 338.

[45] Vénus en transit présente un arc de 1'12". Cependant, Horrocks corrige les erreurs et trouve 1'16" d’arc. Chapman, A., ibid, p. 338, 347 et la note 30 p. 352.

[46] Chapman, A., ibid, p. 347.

[47] Chapman, A., ibid, p. 347.

[48] Chapman, A., ibid, p. 348.

[49] Stratton, F.J.M., ibid, p. 89.